Dissection du désir sexuel

Comme l’indique le titre, je vais procéder ici à la dissection de ce que l’on appelle communément le désir sexuel.

Une observation honnête des comportements sexuels humains révèle un certain nombre de bizarreries et notamment une banalisation progressive de pratiques autrefois réservées aux prostituées (fellation) et aux homosexuels (sodomie). Ces évolutions restent inexplicables tant que l’on n’a pas compris en quoi consiste réellement ce que l’on nomme désir sexuel. Le mécanisme qui les gouverne devient en revanche limpide, dès lors que l’on sait ce qui se cache derrière ce désir.

Si l’on veut savoir comment est conçu un labyrinthe très complexe, qui interroge-t-on en priorité ? L’homme qui n’a jamais mis les pieds dans ce labyrinthe et ne l’a vu que de l’extérieur ? L’homme qui est perdu en son sein mais n’en a pas conscience et ne cherche pas à en sortir ? Ou celui qui a été prisonnier du labyrinthe, a tout fait pour s’en échapper et après l’avoir exploré en long, en large et en travers a fini par entrevoir la lumière du jour au bout d’un couloir, qu’il achève à présent de remonter ?

J’ai été perdu dans le labyrinthe du désir hétérosexuel pendant longtemps, je n’ai pas compté mes efforts pour en trouver la sortie et par la grâce de Dieu, je commence à en voir le bout.

Voici ce que j’ai compris.

I. Le désir d’approbation

Ce que l’on nomme le désir sexuel est en fait, pour une bonne part, un désir d’approbation. Dans la mesure où les femmes ne laissent pas n’importe qui accéder à leur corps, l’accès au corps féminin est conçu comme un privilège. Les hommes pensent qu’une femme n’accorde ses faveurs sexuelles qu’à ceux qui en sont dignes. Par conséquent, les hommes conçoivent une relation physique avec une femme comme une preuve de leur valeur, comme une marque d’approbation et c’est pour cela qu’ils la convoitent.

Pour comprendre l’évolution du désir et des comportements sexuels, il faut réaliser que ce qui a valeur d’approbation dans un certain contexte ne l’a pas nécessairement dans un autre.

Au début du XXe siècle, en temps normal, les mollets d’une femme étaient cachés sous sa robe. Un jeune homme à qui une jeune femme laissait entrevoir son mollet, pouvait, à juste titre, se considérer comme privilégié. Il en retirait la jouissance d’avoir été digne d’une faveur qu’il croyait réservée aux plus valeureux. Il pouvait rentrer chez lui, pleinement satisfait. Dans le contexte du début du XXe siècle, l’exhibition d’un mollet féminin constituait une marque d’approbation. C’est cette qualité qui en faisait un objet de désir, susceptible de mettre un homme dans un état de grande excitation.

Par la suite les robes se sont raccourcies et de fil en aiguille toutes les femmes se sont retrouvées en bikini. Cette évolution a fait perdre au mollet son pouvoir. Devenu visible de tous, il n’y avait plus aucun privilège à en voir un. Une femme ne pouvait plus donner à un homme le sentiment d’avoir de la valeur simplement en lui dévoilant son mollet. Dans les années soixante-dix, si l’idée d’observer un mollet féminin ne déchaînait plus les passions masculines, le coït vaginal, lui, avait encore le pouvoir de faire brûler les hommes de désir. Si ces derniers voulaient pénétrer les femmes, ce n’était pas pour procréer mais parce que les femmes ne se laissaient pas pénétrer par n’importe qui. Ainsi, obtenir d’une femme qu’elle offre son sexe comblait la vanité et satisfaisait l’orgueil de l’homme.

Néanmoins, avec la généralisation du sexe récréatif, la sexualité classique perdit assez rapidement son attrait. Elle devint vite banale. Les hommes se retrouvèrent face à des femmes qui avaient enchaîné les relations et qui avaient écarté les cuisses devant chacun de leurs partenaires successifs. En d’autres termes, il était courant et banal pour ces femmes d’ouvrir les portes de leur vagin. C’était pour elles bien plus banal que ne l’était, pour la femme du XIXe siècle, l’exhibition de son mollet. Par conséquent, le désir masculin se mit à changer d’objet et à se focaliser de plus en plus sur la fellation. Parce qu’encore marginale cette pratique était conçue comme une marque d’approbation. Celui à qui on l’accordait se disait : « Je dois avoir bien de la valeur pour que l’on m’offre l’exclusivité de cette petite gâterie. » La jouissance qu’il en retirait venait essentiellement de là, elle était avant tout psychologique.

Aujourd’hui, le temps où les suceuses de verges étaient cantonnées aux bordels semble bien loin. la fellation fait désormais partie du répertoire sexuel de base de la plupart des femmes. Elle est devenue parfaitement banale, si bien qu’une fois de plus, le désir d’approbation masculin doit se détacher de ce qui fut son objet principal pendant un temps et se reporter sur un nouvel objet. Désormais, une jeune femme de vingt-cinq ans a eu une dizaine de partenaires (parfois moins, mais parfois beaucoup plus), avec qui elle n’a jamais été avare en fellations. Les hommes désirent avant tout sentir que les femmes leur trouvent de la valeur, ils désirent obtenir ce qu’ils considèrent comme des preuves de leur valeur, sous la forme de faveurs et de privilèges. Après l’exhibition du mollet et le coït vaginal, c’est au tour de la fellation de perdre son statut de privilège et d’être ravalée au rang de pratique ordinaire, à laquelle tout le monde à droit. Or les hommes ne veulent pas se contenter du lot de consolation qui est offert à tous les participants. Ils veulent la médaille, la coupe. Aujourd’hui, de plus en plus, ils la cherchent du côté de l’anus de leur partenaire, pour la simple et bonne raison que cette dernière rechigne encore un peu à les laisser entrer. Ça ne durera pas longtemps. La sodomie deviendra banale comme tout le reste et le désir d’approbation se fixera, une fois de plus, sur un nouvel objet, toujours plus sale, toujours plus dégradant, jusqu’à ce que l’on enraye cette mécanique infernale.

Si aujourd’hui, la pornographie met l’accent comme jamais auparavant sur les pratiques anales, c’est qu’en 2015, elles sont au cœur du désir masculin (au moins chez les hommes relativement jeunes). Elles ont détrôné les pratiques buccales, qui elles-mêmes avaient supplanté le sexe vaginal. On prend la mesure de la dégénérescence qu’a connue le désir en un siècle, en songeant qu’en 1901, un homme était comblé par l’exhibition fugace d’un mollet féminin.

II. Le désir d’élection

Le désir sexuel ne se résume pas à un désir d’approbation, il est également basé sur un désir d’élection. Le désir d’élection est au désir d’approbation ce qu’un concours est à un examen. Dans le désir d’approbation, l’homme souhaite que la femme lui remette une médaille parce qu’il estime que cette médaille a en elle-même de la valeur. Dans le désir d’élection, c’est également une médaille qu’il convoite, mais cette fois-ci, il la désire comme preuve de sa supériorité sur ses rivaux (les autres hommes).

Lorsqu’une femme choisit un partenaire sexuel, elle choisit un homme parmi d’autres. Cet homme est en quelque sorte élu par cette femme et il en retire un sentiment de supériorité sur ceux qui n’ont pas été choisis. C’est ce statut d’élu que désirent les hommes lorsqu’ils désirent sexuellement une femme.

Cet aspect du désir sexuel que je nomme désir d’élection a le même effet sur l’évolution des mœurs que le désir d’approbation.

Afin de se sentir supérieur, un homme désire que les femmes lui offrent d’avantage qu’à ses rivaux. Si les rivaux ont vu le mollet, l’homme veut voir la cuisse. Il pense que s’il reçoit plus, c’est que la femme juge qu’il a plus de valeur et il se fie à ce jugement. La vanité orgueilleuse des hommes conduit donc à une surenchère. Aujourd’hui, alors que les autres ont eu droit à la fellation, l’homme ne veut plus s’en contenter, il veut d’avantage pour sentir que la femme le considère comme supérieur.

C’est parce que le désir sexuel est en réalité un désir d’approbation et un désir d’élection que les pratiques sexuelles passent de mode les unes après les autres et laissent la place à d’autres pratiques non encore explorées. Ce mécanisme joue un rôle fondamental dans le processus de perversion de la sexualité humaine.

III. La femme devenue idole, une conséquence de l’apostasie

Il faut réaliser que si les hommes désirent recevoir l’approbation des femmes et s’ils aspirent à être élus par les femmes, c’est parce qu’ils accordent de l’importance à leur jugement. Le fait que les hommes soient habités d’un fort désir d’approbation et d’élection, prouve qu’ils font confiance aux femmes pour ce qui est de juger leur valeur. S’ils ne se souciaient pas de l’opinion des femmes, ils n’auraient que faire de recevoir leur approbation. S’ils n’estimaient pas que l’avis des femmes a de la valeur, être ou ne pas être élu par ces dernières n’aurait aucune espèce d’importance à leurs yeux. Les hommes sont soumis au désir d’approbation et au désir d’élection, parce qu’ils sont soumis au jugement des femmes.

C’est là une conséquence de l’apostasie. Lorsqu’un homme a la Foi, il est soumis à Dieu et non aux femmes. Il se soucie peu de l’opinion qu’elles ont de lui et ne se préoccupe guère de leur avis. C’est parce qu’il prend le jugement divin au sérieux, qu’il se rend compte que le jugement féminin est insignifiant.

Mais aujourd’hui les hommes n’ont pas la Foi. Ils ne connaissent pas Dieu. Ils ont voulu échapper à son jugement et les voilà esclaves du jugement des femmes. Qu’ils sachent bien qu’ils subiront de surcroît le jugement divin.

Si les hommes en sont réduits à être esclaves de l’opinion des femmes c’est parce qu’ils s’en sont fait des idoles. Vous en doutez ? Alors comment expliquez-vous que partout, dans nos rues, dans nos gares, dans nos centres commerciaux, s’étalent des représentations de divinités féminines ? Car c’est bien de cela dont il s’agit. Que l’on ne me dise pas que ce sont des êtres humains qui nous sont donnés à vénérer sur ces affiches collées à tous les coins de rues. Si les gens les considéraient comme de simples femmes, sujettes aux flatulences et au besoin de déféquer quotidiennement, ils ne seraient pas si prompts à leur faire des offrandes monétaires dans les temples de la consommation. Ce sont bien des idoles qui sont offertes au regard des passants, tous les cinquante mètres, dans nos rues. Il faut d’ailleurs croire qu’elles font l’objet d’un culte intense, puisque leurs représentations sont bien plus nombreuses que n’ont jamais été les calvaires ou les statuettes de la Vierge au bord de nos routes.

Les hommes ont voulu se libérer du jugement de Dieu. De façon mécanique cela les a conduit à devenir esclaves du jugement des femmes. Ils consacrent donc une bonne part de leur temps et de leur énergie à courir après l’approbation féminine. Ils vénéraient hier leurs mollets, ils vénèrent aujourd’hui leurs anus, sans aucunement réaliser qu’ils sombrent chaque jour un peu plus dans le culte du néant.

La beauté et le désir (inclus : une photo de Kate Upton)

Quand il s’agit de trouver une femme à mettre dans leur lit, la plupart des hommes ont pour premier critère de choix la beauté. Il faut qu’elle soit belle. Inutile de raconter des histoires, les hommes sont bel et bien obsédés par le physique des femmes. C’est surtout vrai aujourd’hui alors que notre vie intellectuelle n’a jamais été aussi pauvre et notre vie spirituelle est réduite à néant. Comment, dans ces conditions, pourrions-nous être sensibles à autre chose, chez une femme, que son apparence ? Pour un sourd, une mésange n’existe que comme expérience visuelle. C’est un peu pareil lorsque, du fait de la désagrégation de son âme et de son intellect, l’homme contemporain ne peut plus envisager la femme que comme corps physique. Ceci dit, il faut reconnaître qu’un homme qui serait sensible aux dimensions intellectuelle et spirituelle des femmes se rendrait vite compte, qu’aujourd’hui, chez la plupart d’entre-elles, ces dimensions sont absentes. Finalement, les femmes ne sont plus guère qu’une apparence et les hommes ne se rendent compte de rien parce qu’ils ne peuvent pas imaginer qu’elles puissent être d’avantage que cela. On se rend compte que pour le meilleur comme pour le pire, il y a toujours une complémentarité entre l’homme et la femme.

Nous disions donc que c’est vers la femme la plus belle possible que se tourne un homme lorsqu’il cherche un partenaire contre qui se frotter. Bien que nous y soyons habitué, c’est là un fait extrêmement curieux. On peut concevoir que lorsqu’il repère une belle femme, un homme veuille s’en approcher afin de pouvoir apprécier sa beauté dans de bonnes conditions. Mais pourquoi s’efforce-t-il de la toucher et de se coller à elle ? Lorsque l’on admire une rose, par exemple, on s’en tient distant, au minimum, de cinquante centimètres. On ne se la plaque pas contre le visage. Pour un Titien, ce sera plutôt deux ou trois mètres. Mais là encore, il ne viendrait à l’idée de personne de planter son nez dans la toile et de loucher sur un détail rendu complètement flou par l’excessive proximité. Si effectivement c’est sa beauté qu’un homme convoite chez une femme, logiquement, il ne devrait rien souhaiter plus au monde que se tenir à deux ou trois mètres d’elle, car c’est la distance idéale pour observer un objet de la taille d’une femme. Sauf peut-être de temps en temps, pour contempler un détail comme un sourcil ou un lobe d’oreille, il ne devrait pas s’approcher d’avantage. Quant à réduire la distance qui le sépare d’elle à moins de trente centimètres et rendre ainsi son image tout à fait floue, ce devrait être une chose que notre homme cherche à éviter à tout prix. Et pourtant ce n’est pas ainsi que fonctionnent les hommes. Une fois qu’ils ont repéré une belle femme, voici l’angle sous lequel ils espèrent avoir l’occasion d’admirer sa beauté :

Oreille_Upton

Si un type me dit « cette fille à l’air d’avoir la peau douce, je me la taperais bien », je saisis la logique. Elle a la peau douce, donc ce doit être agréable de se frotter contre elle. Mais quand un gars me dit « cette fille est canon, je me la taperais bien », je ne vois pas où il veut en venir. J’ai envie de lui répondre qu’il ferait mieux de se placer à environ trois mètres de cette fille et de ne plus bouger, afin de profiter de la vue dans des conditions optimales.

C’est à n’y rien comprendre.

Ou alors…

Ou alors, peut-être que ce n’est pas réellement la beauté qui est convoité. Peut-être que la beauté d’une femme a sur les hommes le même effet qu’un emballage cadeau sur un enfant. Les deux suscitent un désir, parfois irrépressible, mais ils ne sont pas eux-mêmes l’objet du désir. Songeons à l’état dans lequel les enfants laissent le papier cadeau après avoir ouvert leurs paquets. Déchiré, arraché, puis jeté au feu ou à la poubelle, voilà comment il est traité. Et si les hommes n’avaient en réalité pas plus de considération pour la beauté d’une femme qu’un enfant pour l’emballage de son cadeau ? La beauté ne serait finalement convoitée que parce qu’elle annonce un contenu, comme le papier brillant et coloré annonce un cadeau. Ce contenu serait le véritable objet du désir. Reste à savoir en quoi consiste ce contenu et à déterminer s’il est bien au rendez-vous ou si le paquet est en réalité vide. Nous tâcherons de répondre à ces questions prochainement.

Une théorie imaginée par des singes

GorilleLe texte qui suit est basé sur un commentaire que j’ai laissé chez Aristide et que j’ai remanié pour le publier ici. Il peut parfaitement être lu de façon indépendante.

Pour expliquer les comportements sexuels de nos contemporains, certains proposent des théories à base de darwinisme et de psychologie évolutionniste.
En gros, ils nous disent que nous sommes des singes et que nos désirs et comportements sexuels sont déterminés par des instincts qui nous poussent à nous reproduire avec le « meilleur » partenaire, c’est à dire celui dont les gènes assureront à notre descendance les meilleures chances de survie. Pendant des millénaires une pression sociale et des institutions (mariage, patriarcat, Eglise) auraient entravé la libre expression de ces instincts, mais à présent que cette pression a disparu et que ces institutions sont par terre, nos instincts auraient repris le dessus.

Voici l’un ou l’autre exemple d’idées développées par les tenants de cette théorie. Selon eux si les hommes sont attirés par les belles femmes, c’est parce que la beauté serait la marque visible de la présence de « bons » gènes, garantie de longévité et de bonne santé, chez une personne. Pour eux, toujours, si les jeunes femmes sont attirés par les bad boys, c’est parce que leur cerveau primitif les verrait comme une bonne affaire copulatoire d’un point de vue de la sélection naturelle. Ainsi, la femelle humaine, libérée des contraintes de la civilisation, se laisse trainer par les cheveux jusque dans la caverne du mâle dominant, parce que son instinct animal le lui ordonne.
C’est en ces termes qu’un certain nombre de personnes comprennent et expliquent les dynamiques sexuelles qui sont à l’œuvre en ce moment. Il y a des gens qui défendent cette vision de la sexualité de façon très sérieuse et puis il y a la masse des gens à qui elle fourni une excuse pour ne pas être chaste. « Tu comprends, j’ai des besoins et puis après tout, on est des animaux, non ? »

Non.

Cette idée selon laquelle le chaos sexuel dans lequel a plongé l’occident serait un retour au paléolithique, ne me convainc pas du tout. L’explication de la sexualité contemporaine par la psychologie évolutionniste me paraît extrêmement faible. Voici pourquoi en quelque mots.

Si l’on s’arme de la théorie que j’ai succinctement présentée dans les premiers paragraphes pour essayer de comprendre l’ordre sexuel de ce début de XXIe siècle, on constate tout d’abord la présence d’une grosse zone d’ombre : l’homosexualité. Elle est incompréhensible dans le cadre du darwinisme et de l’evopsy (autre nom de la psychologie évolutionniste).

C’est loin d’être la seule faiblesse de l’explication évolutionniste. A l’heure de la contraception de masse, de la pilule, de la capote, de l’avortement, je ne sais pas exactement quel est le pourcentage de rapports sexuels qui sont stériles (rendus tels, délibérément, par les participants), mais il doit être de l’ordre de 99,9%. Dans ces conditions, essayer de nous faire croire que les comportements sexuels de nos contemporains ont quelque chose à voir avec la reproduction, c’est nous prendre pour des abrutis. Or c’est bien cela que tente de nous faire avaler les tenants de l’evopsy. Alors comme ça la femelle se laisserait traîner par les cheveux par le mâle alpha jusque dans sa caverne, parce qu’elle est impuissante à résister aux instincts qui lui ordonnent de se faire engrosser par sa semence de qualité supérieure. Pourtant cinq minute plus tard, notre femelle redevient une femme du XXIe siècle, parfaitement maitresse de ses pulsions, lorsqu’elle insiste pour qu’un préservatif soit utilisé, ou lorsqu’elle se demande si elle a bien pris sa pilule du jour, ou si elle a bien une pilule du lendemain dans la table de nuit. Et si par malheur, les gènes supérieurs, qu’elle a tant convoité (au point de se laisser trainer par les cheveux…), venaient à se retrouver dans son utérus sous la forme d’un enfant, elle se dirige tout droit vers un avortoir, afin de s’en débarrasser au plus vite.
Non, je crois qu’il faut s’y faire, les activités « sexuelles » humaines, n’ont, aujourd’hui, aucun rapport avec la reproduction. Et tout est fait pour qu’elles n’en aient aucun (on va jusqu’à tuer pour cela… deux cent mille fois par an).

Expliquer les comportements sexuels modernes par la psychologie évolutionniste, c’est ne tenir aucun compte des faits. A l’heure où, soit disant, nous redevenons des primates du paléolithique, mû exclusivement par les lois de la sélection naturelles qui nous commandent de copuler un maximum, nous constatons que la « sexualité » des gens implique de plus en plus des pratiques buccales et anales. C’est quand même bizarre, plus nous sommes libres de nous comporter comme les grands singes que nous sommes sensés êtres, en répandant nos gènes dès qu’une occasion se présente, plus nous semblons portés sur des pratiques par nature stériles. Est-ce un problème de vue qui nous conduit à mettre nos pénis partout sauf là où il pourrait en résulter la conception d’un enfant, où est-ce un déficit de savoir anatomique qui nous fait prendre un anus pour un vagin ?

Décidemment, interpréter la sexualité humaine à partir de la théorie de l’évolution n’est pas sérieux. Il me semble que ce type d’interprétation est avant tout une tentative pour faire entrer la sexualité dans un cadre évolutionniste (dogme indépassable pour pas mal de gens), plutôt qu’un effort pour comprendre les mécanismes réels des désirs et comportements sexuels humains.

Pour ma part, je propose une explication diamétralement opposée des dynamiques sexuelles contemporaines. Je pense que loin d’être une résurgence de schémas sexuels primitifs, ce que nous observons en ce moment dans le domaine de la « sexualité », est spécifique à notre époque. Plus précisément, c’est l’aboutissement d’un long processus historique caractérisé par le rejet progressif de Dieu, la montée en puissance d’une prétention à la divinité personnelle et la déviation de notre quête de transcendance vers les hommes, conçus comme des dieux. Autrement dit, selon moi, le chaos sexuel qui se déroule sous nos yeux ne prend pas sa source dans le biologique, mais bien dans le métaphysique. La théorie que je défends a l’avantage d’expliquer aisément l’homosexualité, l’obstruction quasi systématique qui est faite à la fécondité des rapports sexuels, et la place de plus en plus centrale que semble jouer l’orifice d’évacuation des déchets de la digestion dans les rapports dits hétérosexuels.

Le triomphe d’Agapè sur Éros

 

« Et qu’aurions nous alors à craindre du désir ? Il perd sa puissance absolue quand nous cessons de le diviniser. C’est ce qu’atteste l’expérience de la fidélité dans le mariage. Car cette fidélité se fonde justement sur le refus initial et juré de « cultiver » les illusions de la passion, de leur rendre un culte secret, et d’en attendre un mystérieux surcroît de vie.
J’essaierai de le faire concevoir par l’examen d’un fait connu. Le christianisme a proclamé l’égalité parfaite des sexes, et cela de la manière la plus précise :

La femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est le mari ; et pareillement le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est la femme. (I. Cor., 7.)

La femme étant l’égale de l’homme, elle ne peut donc être « le but de l’homme » comme le croira cependant Novalis, renouvelant la mystique courtoise et les vieilles traditions celtiques. En même temps, elle échappe à l’abaissement bestial qui tôt ou tard est la rançon d’un divinisation de la créature. Mais cette égalité ne doit pas être entendue au sens moderne et revendicateur. Elle procède du mystère de l’amour. Elle n’est que le signe et la démonstration du triomphe d’Agapè sur Éros. Car l’amour réellement réciproque exige et crée l’égalité de ceux qui s’aiment. Dieu manifeste son amour pour l’homme en exigeant que l’homme soit saint comme Dieu est saint. Et l’homme témoigne de son amour pour une femme en la traitant comme une personne humaine totale — non comme une fée de la légende, mi-déesse mi-bacchante, rêve et sexe. »

Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident

Les attraits de la ville

Times_SquareLes villes sont des enfers bétonnés, pourtant elles doivent bien offrir à leurs habitants un certain nombre « d’avantages », sans quoi ils ne seraient pas si nombreux. Passons en revue quelques attraits de la ville.

La ville est le lieu de tous les désirs. Des désirs sont sans cesse éveillés et d’autres entretenus par la vie en ville. Ils peuvent être suscités par les affiches publicitaires omniprésentes, mais aussi directement par l’objet du désir qui s’offre aux regards dans une vitrine, ou dans les rues lorsqu’il s’agit d’une femme, d’un homme, d’une voiture, d’un vêtement porté par quelqu’un, etc. A la campagne, rien de tout cela n’existe : pas d’affiches, pas de vitrines, ou très peu. Par ailleurs, si l’on peut y croiser des autos, des hommes et des femmes, ils sont la plupart du temps sans valeur sur le plan du désir. C’est bien en ville que l’on aperçoit des voitures hors de prix, ainsi que des femmes et des hommes aux airs supérieurs. Dans le monde rural les occasions de désirer sont rares, en ville elles sont en nombre infini. C’est l’une des causes de l’attractivité des villes.
Rappelons qu’un désir d’avoir est toujours, en réalité, un désir d’être. Lorsqu’on désire un objet, c’est toujours parce qu’on est convaincu qu’il va nous permettre d’être (plus que ce que l’on est actuellement/supérieur). Beaucoup d’hommes, de nos jours, ont absolument besoin de désirer. Certes, le désir comporte toujours une part de frustration, puisqu’on ne désire que ce que l’on ne possède pas et encore plus ce que l’on ne peut pas posséder. Mais, simultanément, désirer a quelque chose de délicieux. En effet, celui qui désire espère accéder à l’objet de son désir et donc à la supériorité de l’être. En fait, l’homme désirant entrevoit comme une possibilité de salut. Si tous ses désirs venaient à s’éteindre simultanément, il perdrait tout espoir de sortir un jour de sa misérable condition présente et aurait à faire face au néant. Cette solitude, cet ennui, cette angoisse que le citadin peut ressentir lorsqu’il se trouve à l’écart d’un grand centre urbain sont des manifestations de ce néant qui l’habite et qui, habituellement, est masqué par ses désirs. Dès que le désir cesse, le néant cesse aussi d’être dissimulé. Bien entendu, le seul moyen de le combler véritablement serait de l’affronter, mais un tel affrontement est presque systématiquement évité par la fuite dans un nouveau désir.

Les villes sont non seulement le lieu où l’on peut désirer à son aise, mais aussi le lieu où l’on peut satisfaire un certain nombre de désirs en consommant. Là encore, malgré les apparences, il ne s’agit pas de s’acheter un « avoir », mais un « être ». On s’achète telle montre pour être tel type de personne. On choisit un iPhone plutôt qu’un Samsung (et inversement) afin d’être membre « d’une certaine élite ». On investit dans une liseuse pour être un lecteur. On fait l’acquisition d’une Alfa Roméo plutôt que d’une Renault pour être quelqu’un d’original…
La ville offre la possibilité de consommer, à toute heure, des biens extrêmement variés et donc d’exister, de se définir à sa guise à travers des achats. Dès que le citadin a le sentiment de n’être pas assez, ou de ne pas être ce qu’il faut, un petit achat lui permet de rectifier le tir. Evidemment, aucun déficit d’être n’est réellement solutionné par la consommation. Les objets dont on fait l’acquisition ne tiennent jamais leurs promesses, mais la plupart des gens refusent de le reconnaître une bonne fois pour toute, par peur du néant. Deux solutions, non mutuellement exclusives, s’offrent alors à eux. Il leur est possible de se focaliser sur de nouveaux objets de désirs qu’ils ne possèdent pas encore. Ils peuvent aussi exhiber les objets qu’ils possèdent déjà, afin que le regard des autres leur confère une valeur qui rende leur possession jouissive.

C’est un autre atout de la ville que d’être densément peuplée. Il y est facile d’offrir un objet que nous possédons aux regards des autres, afin de jouir d’un sentiment de supériorité à l’égard des envieux. Ainsi, lorsqu’un cadre sup consacre un mois de salaire à l’achat d’une montre, ce n’est pas pour la cacher sous un pull en permanence, mais bien pour l’exhiber dans des lieux stratégiques (la terrasse d’un bar branché par exemple). De même, quand un type s’est démené pendant des mois pour mettre le grappin sur une fausse blonde à gros seins, ce n’est pas pour l’emmener dans une forêt, dans l’intimité de laquelle leur amour pourrait s’épanouir, mais bien pour la balader sur les places les plus fréquentées de la ville (en se livrant, parfois, à des attouchements obscènes). Ces comportements visent à pallier l’absence de valeur intrinsèque des objets possédés. Ils n’apportent rien en eux-mêmes, mais constituent des instruments qui permettent d’accéder à la supériorité selon le principe suivant : on est supérieur à toute personne qui nous envie. Ainsi, une blondasse à forte poitrine n’a d’intérêt que dans la mesure où elle est désirée par d’autres (ce qui, en général, est le cas). Mais il suffirait que ces désirs émanant de tiers disparaissent pour que la baudruche se dégonfle, telle une bulle spéculative. Beaucoup d’hommes se réjouiraient qu’on leur offre une Ferrari, mais si l’on ajoute comme condition qu’ils ne pourront la conduire que dans le département de la Creuse, combien n’y voient plus aucun intérêt ? Et combien préfèreraient de loin recevoir une BMW, bien plus modeste, du moment qu’ils aient le droit de la conduire à Paris ou dans une autre ville importante ?

La ville attire les foules parce qu’elle est un lieu où l’on peut se repaître de désirs, mais aussi parce qu’elle offre la possibilité de satisfaire un certain nombre de ces désirs via la consommation, et enfin parce qu’on peut y être regardé avec envie par des milliers de paires d’yeux. Ces différentes possibilités qu’offre la ville exercent une attraction irrésistible sur bien des hommes, car ils y voient la possibilité d’être, d’échapper au néant. Pourtant, c’est précisément au néant qu’ils se condamnent en ne vivant que par et pour le désir, sur une croûte de goudron.

Sur la beauté

 

« On voit en quoi la beauté est nécessaire à la naissance de l’amour. Il faut que la laideur ne fasse pas obstacle. L’amant arrive bientôt à trouver belle sa maîtresse telle qu’elle est, sans songer à la vraie beauté. »

Stendhal, De l’Amour

 

« Sachez tirer parti de la laideur elle-même : de la vôtre, cela est trop facile : tout le monde sait que Trenk, la Gueule brûlée, était adoré des femmes : de la sienne ! Voilà qui est plus rare et plus beau, mais que l’association des idées rendra facile et naturel. – Je suppose votre idole malade. Sa beauté a disparu sous l’affreuse croûte de la petite vérole, comme la verdure sous les lourdes glaces de l’hiver. Encore ému par les longues angoisses et les alternatives de la maladie, vous contemplez avec tristesse le stigmate ineffaçable sur le corps de la chère convalescente : vous entendez subitement résonner à vos oreilles un air mourant exécuté par l’archet délirant de Paganini, et cet air sympathique vous parle de vous-même, et semble vous raconter tout votre poème intérieur d’espérances perdues. – Dès lors, les traces de petite vérole feront partie de votre bonheur, et chanteront toujours à votre regard attendri l’air mystérieux de Paganini. Elles seront désormais non seulement un objet de douce sympathie, mais encore de volupté physique, si toutefois vous êtes un de ces esprits sensibles pour qui la beauté est surtout la promesse du bonheur. C’est donc surtout l’association des idées qui fait aimer les laides : car vous risquez fort, si votre maîtresse grêlée vous trahit, de ne pouvoir vous consoler qu’avec une femme grêlée. »

Charles Baudelaire